Avoir une foi juste, être dans la vérité tout entière

Mère de Dieu icone, avoir une foi juste, être dans la vérité tout entière

Une homélie de mère Aimiliani sur l’hymne acathiste à la Mère de Dieu

 Une homélie prononcée par mère Aimiliani, higoumène du monastère Notre-Dame-de-Toute-Protection (89), paroisse St Jean le Théologien à Meudon, mercredi 18 mars 2026

Avoir une foi juste, être dans la vérité tout entière

Le Christ nous a dit dans l’Évangile que lorsque le Saint-Esprit viendra, Il nous conduira dans la vérité tout entière[1]. C’est toujours bien de transformer les paroles de l’Écriture sainte en prière, et en particulier celles de l’Évangile,car toutes les promesses du Christ sont vraies. Par exemple, lors de notre prière en solitude, si nous le souhaitons, nous pouvons ajouter une phrase à la prière ‘Roi céleste’ en disant :

« Ô Saint-Esprit, purifie-nous de toute souillure, guide-nous dans la vérité tout entière, et sauve nos âmes, Toi qui es bonté ».

Mais que signifie être guidé dans la vérité tout entière ? En réalité, nous demandons au Saint-Esprit de nous révéler la vérité sur Dieu. Être guidé dans la vérité tout entière, c’est connaître le Christ, qui est Lui-même la Vérité, connaître son amour pour l’humanité, qui dépasse toute compréhension, et connaître ce qu’Il a fait pour nous. Mais être guidé dans la vérité tout entière signifie en même temps connaître la vérité sur nous-mêmes,avoir une vision lucide et vraie de nous-mêmes. Dans l’amour et la lumière de Dieu, nous reconnaîtrons de plus en plus l’ampleur et la tragédie de notre chute et de la chute de l’humanité tout entière.Dans la lumière du Christ, nous verrons nos ténèbres et notre fausseté, et nous confesserons notre état de péché. De cette manière, nous deviendrons sincères et vrais devant Dieu, sans cependant jamais désespérer, car nous invoquerons Sa grande miséricorde avec une foi inébranlable.

Pour revenir à la vérité sur Dieu, à la vérité doctrinale, nous savons que saint Jean l’Évangéliste déclare que le Verbe, le Logos, S’est fait chair[2]. Et dans ses épîtres, il profère que tout esprit qui ne confesse pas Jésus-Christ venu dans la chair n’est pas de Dieu[3], et que ceux qui ne confessent pas l’Incarnation du Christ sont des séducteurs et des antéchrists[4]. En revanche, ceux qui croient sincèrement et confessent que le Verbe,le Christ notre Dieu « est descendu du Ciel,S’est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie et S’est fait homme[5] », sont dans la Vérité.

Mais de qui le Verbe, le Logos, notre grand Dieu, a-t-il pris cette chair ? D’une vierge pauvre, pure et humble.

Pour devenir vrais vis à vis de Dieu et de nous-mêmes, il faut non seulement reconnaître notre état misérable et déchu, mais aussi être pleinement conscients de notre vocation céleste, car nous sommes tous appelés par Dieu à un destin très grandiose. Le Seigneur désire notre guérison. Il désire notre sanctification. Il veut que chacun de nous soit avec Lui, là où Il est. Il nous appelle à devenir semblables à Lui.Et semblables en quoi ? Semblables au Christ dans son humble amour.

Mais qui est notre premier exemple sur ce chemin que les Pères appellent le chemin de la déification ou de la ‘théosis’ ? Sur l’humilité de qui le Seigneur a-t-Il jeté ses yeux ? À qui chantons-nous ces louanges : « Toi, plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins » ? Nous les chantons à notre très sainte Vierge Mère de Dieu, à Celle qui, sans tache, a donné naissance à Dieu le Verbe. Je vous rappelle ces choses bien que vous les sachiez, mais c’est juste pour souligner à quel point la grandeur et la magnificence de la Mère de Dieu sont inséparablement liées à l’Incarnation de Dieu, à la divinité de notre Seigneur Jésus-Christ.

Cette Vierge unique, la Vierge Mère de Dieu, occupe une place centrale dans l’Église Orthodoxe. Elle est hautement louée et vénérée dans tous les offices de l’Église précisément parce qu’Elle est la Mère de Dieu. Par son « Oui » à Dieu, par son abandon total à la volonté et à la providence de Dieu, Elle est l’unique personne qui est devenue et restera à jamais l’instrument de notre salut. Nous ne lui rendons pas un culte à part,et nous ne la considérons pas non plus comme une sorte d’être surhumain, que l’on pourrait presque qualifier de déesse, absolument pas.Cependant nous lui chantons « Réjouis-toi, colonne inébranlable de l’Église[6] », « Réjouis-toi, par qui nous adorons le Créateur[7] » et, en effet, sa grandeur et sa place centrale dans l’Église sont toujours en relation avec le Christ et sont indissociables de Lui. Elle est « pleine de grâce » parce qu’elle est pleine de la grâce du Christ, le Logos,le Verbe du Père, qu’elle a porté en elle, dans son sein même.

La vénération de la Mère de Dieu dans l’Église orthodoxe

C’est lors du troisième concile œcuménique, tenu à Éphèse en 431, que l’Église a proclamé Marie comme étant la ‘Théotokos’, la Mère de Dieu. Ce titre ne lui a pas été donné pour l’honorer, ni pour l’exalter en tant qu’individu.En aucun cas, car, en réalité, l’essence même de la doctrine concernant la Mère de Dieu est christocentrique.

Ce qui est en jeu, c’est la Personne du Christ. Tout se résume à la question si essentielle et urgente qui a préoccupé tous les Pères de l’Église et les chrétiens pendant les premiers siècles : « Qui est le Christ ? ». Avant que ce concile n’affirme la divine maternité de la Mère de Dieu, Nestorius, alors patriarche de Constantinople, affirmait que la Vierge Marie n’était que la mère de l’homme Jésus. Selon lui, elle pouvait être appelée ‘la Mère de l’homme’ ou même ‘la Mère du Christ’, mais il insistait sur ce qu’elle ne pouvait pas être appelée ‘la Mère de Dieu’, car il croyait que Dieu ne S’était pas véritablement incarné et qu’Il n’avait pas réellement assumé la nature humaine. Mais cette doctrine de Nestorius est extrêmement pernicieuse, car si tel est le cas, aucun homme ne pourrait être sauvé. En effet, le salut réside dans le fait que Dieu S’est véritablement incarné et a pleinement assumé notre nature humaine, tout en restant Dieu. C’est grâce à l’union des deux natures en Christ — sans confusion ni division —que, la divinité a pénétré notre humanité. Désormais, nous pouvons participer à la nature divine, c’est-à-dire à la grâce salvatrice de Dieu, et nous pouvons réellement entrer en communion, et même en union avec Dieu.

Elle a été nommée ‘Mère de Dieu’ pour signifier que l’enfant qu’Elle a mis au monde est, la Personne même du Verbe, le Logos éternel de Dieu et Dieu Lui-même. Elle est donc bel et bien ‘la Mère de Dieu’ et ce titre lui est donné pour souligner la divinité du Christ et pour placer la divinité du Christ au centre de tout.

Lors de son Baptême, le Seigneur Jésus a sanctifié les eaux du Jourdain, et par là même toute la création. En Se faisant homme, Il a pris de la Vierge notre chair et notre sang,et Il a ainsi entièrement sanctifié la nature humaine, en l’élevant avec Lui, après Son Ascension, à la droite du Père. Cependant, Il attend de nous, en tant qu’êtres humains, une réponse active, Il attend que nous saisissions ce don inouï en nous appropriant ce salut offert à tous, à la condition d’une collaboration totale, tant personnelle que communautaire.

Par l’Incarnation du Christ, la communion entre Dieu et l’homme a été rétablie, et c’est grâce à l’humble obéissance et au sacrifice de soi de la Mère de Dieu que ce salut a été rendu possible. C’est pour cette raison que le peuple de Dieu lui est si reconnaissant et qu’il la vénère à un tel point. Effectivement, sans l’effort et la libre collaboration de la Mère de Dieu, l’œuvre de salut pour l’humanité, voulue et opérée par le Seigneur Jésus, n’aurait jamais pu avoir lieu.

La gloire et la vénération de la Mère de Dieu sont toujours liées, comme nous l’avons dit, à la Personne de notre unique Sauveur, Jésus-Christ. C’est pourquoi, dans les icônes orthodoxes canoniques, la Mère de Dieu n’est jamais séparée du Christ : elle nous indique toujours le Christ et, Le tenant dans ses bras,Elle L’offre à nous, au monde, ou bien, dans l’icône de la Déisis, Elle est tournée vers son Fils, en adoration et en intercession. En effet,l’Église affirme que la Mère de Dieu a l’audace d’une mère auprès de son fils. Elle est l’intercesseur le plus proche de Lui. Elle est également notre exemple par excellence en tout. Nous lui chantons dans l’Acathiste « Réjouis-toi, sommet des commandements du Christ[8] », car Elle est la première à les avoir gardés. Elle est les prémices des chrétiens, la première à avoir été déifiée, la première à avoir répondu à l’appel élevé en accomplissant, avec l’aide de Dieu,la grande et noble destinée qui est proposée à chaque croyant, à savoir :en suivant le Christ, Lui devenir semblable.

Brève histoire de l’Hymne Acathiste

Maintenant, venons-en donc à l’Acathiste de la Mère de Dieu que nous chanterons à la fin de la semaine prochaine. Il est à la fois le plus ancien, le plus beau et le plus poétique de tous les hymnes composés selon cette forme, et il est devenu le modèle de tous les Acathistes ultérieurs. C’est un hymne extraordinaire de gratitude et de louange adressé à la Mère de Dieu, un fleuron de la poésie liturgique qu’aucune autre composition n’égale par son éclat et sa popularité auprès des fidèles orthodoxes jusqu’à nos jours. Composé en l’honneur de la Mère de Dieu, il est par excellence l’hymne de l’Incarnation du Verbe de Dieu, car il proclame la certitude de notre salut par l’Incarnation et ses conséquences pour la sanctification de l’humanité. Il se concentre principalement sur les prémices de notre salut, manifestées notamment à travers l’Annonciation et à travers la Nativité du Christ.Dans un premier temps, cet Acathiste,sous une forme plus primitive,était chanté justement le lendemain de Noël, le 26 décembre, lors de la synaxe de la Mère de Dieu qui célébrait l’ensemble du mystère de l’Incarnation. Plus tard, l’Acathiste a été déplacé à proximité de la Fête de l’Annonciation – et il est d’ailleurs connu sous le nom ‘d’Hymne Acathiste de l’Annonciation’. Plus tard encore, il a été intégré aux matines du samedi de la cinquième semaine du Carême, matines qui sont souvent chantées la veille, le vendredi soir. Cet office majestueux et joyeux est comme une explosion de lumière en plein Carême,qui nous donne force et inspiration pour achever la course du jeûne.

Bien que cet hymne soit souvent attribué à Romanos le Mélode, il est probable que sa composition primitive soit bien antérieure, faisant suite au concile d’Ephèse dont nous avons parlé plus haut.

Ce chef-d’œuvre est aussi l’hymne privilégié de Constantinople, cité dédiée à perpétuité à la Mère de Dieu et capitale de l’Empire byzantin. Constantinople a souvent été appelée ‘cité de la Vierge’ ou ‘Théotokopolis’, c’est-à-dire, ‘cité de la Mère de Dieu’.

Selon la tradition, l‘Acathiste a été chanté très solennellement en 626, il y a exactement 1400 ans, par tout le peuple réuni dans l’église des Blachernes (là où la précieuse robe de la Mère de Dieu était conservée) pour célébrer leur victoire lors de l’assaut de la cité par les Perses. Le peuple chanta debout,afin de rendre un plus grand honneur à la Mère de Dieu qui avait protégé sa cité et avait délivré son peuple d’une manière si miraculeuse. En effet, le patriarche d’alors, Serge 1er, avait organisé une procession le long des remparts de la ville,portant l’icône de la Très Sainte Mère de Dieu et sa précieuse robe. Puis le patriarche a plongé la robe de la Mère de Dieu dans le Bosphore et une tempête terrible se leva soudain, faisant chavirer tous les bateaux des agresseurs. Ceux qui ne se noyèrent pas dans la tempête prirent la fuite. Les habitants de Constantinople retournèrent alors joyeusement à l’église des Blachernes avec la robe et l’icône de la Mère de Dieu, et ils chantèrent l’Acathiste en louanges de reconnaissance et de gratitude envers Elle,pour sa protection et sa délivrance.

Le symbolisme spirituel de l’Hymne acathiste

L’Acathiste à la Théotokos est chargé de symboles militaires : l’étroite interpénétration de l’Église et de l’État à Byzance, ainsi que la consécration de la ville impériale à la Vierge, expliquent cela. Tous les événements heureux sur le plan politique étaient en effet attribués à l’intervention miraculeuse et à la protection de la Mère de Dieu. Et chaque siège de Constantinople où l’assaillant a été vaincu est associé à une histoire miraculeuse similaire à celle de la victoire de l’an 626.

Cependant, le symbolisme militaire de l’Acathiste garde toute sa valeur lorsqu’il est appliqué au combat spirituel intérieur de chaque chrétien contre son égoïsme, contre ses passions et contre le diable. La libération de la ville représente dans ce cas notre délivrance de la tyrannie et de la captivité de nos passions, ainsi que de la puissance de l’ennemi sur notre âme.

En plus du célèbre premier kondakion, « À toi, qui combats pour nous, … ces chants de victoire… », qui est aussi le kondakion de l’Annonciation, voici d’autres exemples de versets de cet Acathiste imprégnés de symboles militaires :

– « Réjouis-toi, protection contre les ennemis invisibles.[9] »

– « Réjouis-toi, renversement des démons. Réjouis-toi, qui a vaincu l’empire de l’illusion.[10] »

– « Réjouis-toi, tonnerre qui terrifie nos ennemis.[11] »

Les événements historiques, tels que les invasions barbares, deviennent ainsi des éléments permanents de la vie intérieure en Christ. Cet Acathiste n’est donc pas une simple commémoration qui n’aurait de valeur que pour les habitants de Constantinople, mais il a acquis une valeur transhistorique et universelle – tout comme, notons-le au passage, de nombreux épisodes historiques dans l’Ancien Testament. C’est pourquoi nous pouvons tous y puiser de la force et de l’inspiration pour nous encourager et nous soutenir dans nos propres efforts et nos combats. C’est ainsi que, avec l’aide de la Toute-Sainte Mère de Dieu, nous surmonterons avec légèreté toutes les épreuves de cette période si riche et bénie du grand Carême.

Tournons-nous donc avec une confiance totale vers la Mère de Dieu, qui entend chacun de nos soupirs, chacune de nos prières, chacune de nos supplications et de nos louanges, pourvu qu’elles proviennent du fond de notre cœur.


[1]Jn 16, 13.

[2]Jn 1, 14.

[3] 1 Jn 4, 2-3.

[4]Cf. 2 Jn 1, 7.

[5]Crédo.

[6]Acathiste à la Très-Sainte Mère de Dieu, Ikos 12, verset 7.

[7] Ibidem, Ikos 1, verset 12.

[8] Ibidem, Ikos 2, verset 4.

[9]Ibidem, Ikos 4, verset 3.

[10] Ibidem, Ikos 6, versets 2 et 3.

[11] Ibidem, Ikos 11, verset 4.

Lire aussi le message du patriarche Bartholomée pour le 1400e anniversaire de l’Hymne acathiste à la Mère de Dieu,

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