Participation du Vicariat au colloque international IOTA à Rome
Approfondir la théologie de Nicée aujourd’hui. Dans le cadre de son ouverture et sa volonté de collaboration avec les acteurs de la recherche théologique, le Vicariat a envoyé le père Serge Sollogoub et Dr. Georges El Hage pour participer au colloque organisé par l’International Orthodox Theological Association (IOTA). Ce rassemblement s’est tenu à Rome du 4 au 7 juin 2025, entre l’Ascension et la Pentecôte, et a réuni des théologiens du monde entier pour réfléchir, dans un esprit œcuménique, aux diverses réceptions du premier Concile œcuménique réuni à Nicée en 325.
Anglicans, Catholiques, Protestants et Orthodoxes de tous bords, les participants au colloque ont souligné la nécessité d’une théologie tournée vers l’unité, la vérité et l’avenir. Dans le prolongement des canons du Concile, les évêques orthodoxes ont insisté sur l’unique baptême en Christ. Rappelant l’importance de la formule trinitaire au moment de l’immersion, ils ont également condamné fermement la pratique insensée et anti-canonique des re-baptêmes.
Dieu incarné
Un des axes majeurs a été la compréhension du terme « consubstantiel » (homoousios). L’expression théologique de Nicée échappe au piège de la simplicité outrancière. Dire l’unité en Dieu n’efface, en aucun cas, la spécificité du Fils. L’incarnation n’est pas un changement dans la nature de Dieu mais une rencontre entre le Créateur et la créature. Dieu se dépasse sans perdre ses propriétés. Dans une des plus stimulantes interventions du colloque, l’ancien archevêque de Canterbury, Rowan Williams, a rappelé que le Dieu incarné donne sa propre vie à son Corps, l’Église. Pour lui, l’incarnation du Christ constitue une libération de la solitude ancestrale de l’humanité. Dieu, par son abaissement (Philippiens 2,7), entre en relation avec le non-divin, renouvelant ainsi la nature humaine. Williams a proposé une définition originale de la communion : recevoir la vie de Dieu à travers les autres. L’unité de l’Église devient alors un mouvement de vie partagée en Christ.
Renouvellement du langage théologique
Le Concile de Nicée n’est point l’aboutissement d’une controverse mais le point de départ d’une créativité théologique et ecclésiale. Les théologiens réunis à Rome en 2025 ont approfondi les procédés de renouvellement du langage théologique pour s’adresser au monde aujourd’hui à l’instar des Pères conciliaires qui ont confessé leur foi selon le langage du IVe siècle. Les participants ont également rappelé que les canons conciliaires, loin d’être de simples règlements disciplinaires, visent à garantir une pratique ecclésiale fidèle à l’Évangile. Sept des vingt canons de Nicée concernent directement la régulation du pouvoir épiscopal, soulignant l’importance d’un ministère ordonné au service de l’unité.
Le canon 19, en particulier, mentionne explicitement les diaconesses, distinguant entre celles qui ont reçu l’imposition des mains et celles qui ne l’ont pas reçue. Ce détail met en lumière la diversité des ministères féminins dans l’Église ancienne, et ouvre des pistes pour une réflexion renouvelée sur les rôles des femmes aujourd’hui.
Une créativité fidèle au Pères de l’Église
Le professeur Aristote Papanikolaou a mis en avant la dimension sociale et confessante de la foi nicéenne. Pour lui, confesser le Fils de Dieu incarné ne se limite pas à formuler des dogmes, mais s’étend à des expressions artistiques, politiques et sociales. Œuvrer pour la paix, la justice et la beauté, c’est participer à l’action du Christ libérateur, comme le proclame Luc 4,18 : « Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération… »
1700 ans après, l’apport du Concile de Nicée demeure un point de départ pour penser et vivre l’unité chrétienne aujourd’hui. L’expression théologique doit rester vivante, ouverte et créative, fidèlement à la méthode des Pères de l’Église. Il s’agit d’incarner la confession de foi dans des langages nouveaux, capables de rejoindre les défis du temps présent, sans jamais trahir la vérité du Christ éternel, consubstantiel au Père, venu dans ce monde pour notre salut.




Pour aller plus loin:
Une série de Podcasts sur le Concile de Nicée




