Homélie de père René Dorenlot (+) prononcée à Plumaudan (22) le 6 août 1994 à l’occasion de la fête de la Transfiguration
Parce qu’elle nous révèle la Gloire du Christ, nous considérons la Transfiguration comme une Fête glorieuse. Et avec juste raison!
« Jésus fut transfiguré (métamorphosé), dit saint Matthieu; son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » Les autres Évangélistes ne sont pas en reste. Voici saint Marc: « Il fut transfiguré devant ses disciples et ses vêtements devinrent resplendissants, d’une telle blancheur qu’aucun foulon sur terre ne peut blanchir de la sorte. »
Et saint Luc: « L’aspect de son visage devint autre et son vêtement d’une blancheur fulgurante. »
Mieux encore la Gloire de Jésus est attestée par la voix du Père qui, comme au Jourdain, révèle la filiation divine du Christ: « Une nuée lumineuse les prit sous son ombre, dit saint Matthieu, et voici qu’une voix disait de la nuée: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. »
De même saint Marc: « Une nuée survint qui les prit sous son ombre et une voix partit de la nuée: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » Et enfin saint Luc: « Survint une nuée qui les prenait sous son ombre et qui disait: Celui-ci est mon Fils, mon Élu; écoutez-le. »
Ainsi la Gloire divine de Jésus est révélée par la métamorphose de son visage, par le changement des vêtements – le vêtement, c’est la Personne même – et confirmée par la voix du Père venue de la nuée et proclamant: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, mon Élu. »
Les disciples, saisis de stupeur ne s’y trompent pas et veulent prolonger le bonheur de cette situation: ” Maitre, dit saint Pierre, il est heureux d’être ici; ” et il propose de faire trois tentes, pour Jésus, Élie et Moïse apparus eux aussi dans la Gloire dont Jésus rayonne.
Cette vision glorieuse de la Transfiguration s’impose. Elle n’est pas seule. Seule, elle ne donne qu’un aspect de la Révélation. À la Gloire du Fils de Dieu se trouve associée irréductiblement dans le Christ les prémisses de la Passion.
Déjà saint Luc évoque ce mystère. Alors que saint Matthieu et saint Marc se bornent à dirent qu’Élie et Moise s’entretenaient avec Jésus, saint Luc dit qu’ils parlaient de son Exode qu’Il allait subir à Jérusalem.
On ne peut être plus explicite. L’Exode, comme fut celui du peuple de Dieu à la Mer Rouge, est ce passage, cette Pâque qui mène par la mort à la vraie vie. Cette vie que le Fils de Dieu détient de son Père de toute éternité, mais que le Christ en Jésus devait nous acquérir par sa propre mort à Jérusalem.
Ce second aspect de la Transfiguration est souligné par Saint Jean, qui, chose surprenante ne relate pas explicitement l’évènement de la Transfiguration. Jésus vient de ressusciter Lazare. Il entre à Jérusalem sous les acclamations. Mais ses paroles à la foule sont tout autres: ” Voici venue l ‘Heure où le Fils de l’homme doit être glorifié, ” dit-Il ; … c’est pour cela que Je suis venu à cette Heure: Père, glorifie ton Nom. ” Du Ciel vint alors une voix: « Je l’ai glorifié et Je Le glorifierai de nouveau. »
Ceci est une allusion directe et très claire à la Transfiguration. Le Père glorifie son Fils, mais voici: Il Le glorifie parce que l’Heure du Fils est venue, c’est-à-dire l’Heure de sa Passion, ” Ce n’est pas pour Moi qu’il y a eu cette voix, dit Jésus, mais pour vous; c’est maintenant le Jugement de ce monde; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors, et moi, élevé de terre, J’attirerai tous les hommes à Moi. “Il disait cela, précise saint Jean, pour signifier de quelle mort Il allait mourir. »
Ainsi la voix du Père qui proclame Jésus comme Fils bien-aimé, lui confère le titre d’Élu en ce qu’Il va devoir assumer son Heure. Heure de sa Pâque, Heure de la Croix, Heure d’offrir en oblation au Père tous les péchés du monde pour le salut du monde par le sacrifice de sa propre vie. Ce côté sombre de la Transfiguration est affirmé par Jésus lui-même: « Maintenant mon âme est troublée, et que dire ? Père, sauve-moi de cette Heure ! Mais c’est pour cela que Je suis venu à cette Heure ! »
Ce sont les paroles mêmes de l’agonie à Gethsemani, dont saint Jean ne parle d’ailleurs pas davantage que de la Transfiguration, mais que rapportent les trois Synoptiques:
En saint Matthieu: « Mon âme est triste à en mourir … » « mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de Moi; cependant non pas ce que Je veux, mais comme Tu veux. …
Chez saint Marc: « Mon âme est triste à en mourir,… » « Père, tout t’est possible, éloigne de moi cette coupe; pourtant pas ce que Je veux, mais ce que Tu veux. »
et enfin en saint Luc: « Père, si Tu veux, éloigne de Moi cette coupe. Cependant que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. » Cette similitude, cette identification de la Transfiguration avec la Passion est encore renforcée par la présence au Thabor comme au jardin des Oliviers des trois mêmes disciples, Pierre, Jacques et Jean. Dans un contexte différent, le sens reste le même.
Ainsi il faut nous habituer à voir ces deux faces de la Transfiguration, Fête de Gloire et avant-goût du Royaume, mais aussi prémisses de l’Agonie et de la Mort sur la Croix. Dans quarante jours, ne l’oublions pas, l’Église fête l’Exaltation de la Sainte Croix. La vie, l’œuvre et le message du Seigneur sont un.
Et nous-mêmes ne participerons à sa Gloire dans le Royaume que dans la mesure où, ici-bas, nous aurons pris part à sa Croix. Dès aujourd’hui nous devons nous y préparer, sachant qu’à cette Heure même Jésus a vaincu le monde.
Père René Dorenlot (+), Plumaudan 06 août 1994
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